Histoire en 12 épisodes : De juin 2011 à juin 2012

Auteure : Geneviève Paris
Vous ai-je déjà parlé de Gérard?

Vous ai-je déjà parlé de Gérard? Un peu peut-être, ici et là. Gérard est très important pour moi. C'est mon pote, c'est mon grand ami, on est vraiment inséparable, en un mot comme en cent, Gérard c'est mon inconscient.

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Ultime réincarnat | Peinture : Jacques Paris

Il me semble qu'il est quand même important de bien s'entendre avec son inconscient. Gérard et moi, on s'entend comme deux larrons en foire! Il ne s'est pas toujours appelé Gérard, mais il s'est toujours appelé quelque chose. Quand j'étais très jeune, je l'appelais « Ma chance ».

Ma chance me donnait à répétition de judicieux conseils. Par exemple, quand je sortais le soir, ma chance me prévenait toujours quand je devais rentrer à temps avant que mes parents ne s'en aperçoivent. Gérard a aussi beaucoup écrit pour moi, la nuit. Gérard travaille principalement la nuit. Je passais mes commandes le soir et le matin, Gérard me dictait ce qu'il avait écrit pour moi, puis il allait se coucher, j'imagine.

Gérard s'est toujours appelé quelque chose et il a toujours été derrière moi, un peu sur la droite. Il n'est pas tout seul dans mon équipe, ceci dit. C'est un membre important de mon CA – notez que je ne parle pas du ÇA, concept psychanalytique, mais bien du CA, Conseil d'Administration – mais ce n'est pas le seul. J'ai plusieurs départements.

Vous savez déjà que je suis une multinationale. J'ai donc un département à la langue et aux expressions et un département aux voyages. Je me souviens, quand j'ai pris (ou eu l'impression de prendre) la décision d'immigrer au Québec, je fuyais Paris. Je n'y étais pas heureuse. À mon arrivée à Montréal, le Département aux voyages et moi avons eu cette brève discussion :

Dép. V. « Il va falloir maintenant retourner à Paris.
Moi — Mais j'ai pas envie, je viens d'arriver!
Dép. V. — Il va falloir quand même, et souvent! C'est primordial.
Moi — Primordial à quoi?
Dép. V. — Il faut que tu retournes pour bien comprendre pourquoi tu pars.
Moi — En plus, ça coûte vachement cher l'avion! J'ai pas les moyens.
Dép. V. — Pour ça, faut que tu voies avec ton département aux dépenses. »

Ceci dit, ils ont eu sacrément raison de me conseiller ça! J'ai fait bien attention à retourner au moins une fois l'an. L'avantage est que je ne me sens pas déracinée du tout maintenant. Le côté québécois et le côté français cohabitent assez bien en moi, heureusement.

Quand tu t'aperçois qu'ils ont raison plus souvent qu'autrement, tu finis par leur faire confiance. C'est important dans mon cas, parce que la différence entre mes départements et mon petit moi est énorme.

Le petit moi au milieu de tout ça est vraiment tout petit, timoré et d'une intelligence très relative. Il a peur de tout, les ascenseurs, les avions, et il n'aime pas descendre les escaliers. Il a le vertige sur une chaise et panique dans les manèges pour enfants. Niveau cœur, il est tout à fait fleur bleue et hyper crédule. Mes départements me font faire de la haute voltige, me font prendre des décisions importantes et paradoxales, et ce, bien souvent sans préavis.

Je vous parle de tout ça maintenant, parce qu'on est rendu fin novembre 2011 dans mon histoire « De juin 2011 à juin 2012 », et qu'un de mes départements dont je n'avais pas entendu parler depuis longtemps s'est manifesté à ce moment précis.

La suite au prochain épisode...

 

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